OS : Le Soleil ne se regarde pas en face, comme la Mort.

Il se trouve que c’est la Nouvelle année et que pour cette occasion avec Aka nous nous sommes lancées un petit défi. Le thême est « Relation Abstraite » à interpréter comme on le souhaite, chacune devra écrire un OS, aucune autre restriction est posé, c’est entièrement libre.

 

Je me souviens d’une fois ou je draguais dans le fameux bar, ou que je me faisais prendre dans ses filets je ne sais pas réellement à vrai dire, je devais être encore ados dans ma tête, il y a des chances. J’étais assise sur l’un des hauts tabourets couverts de rouge, accoudée sur le comptoir d’un bois sombre. L’alcool disposé sur l’étagère derrière celui-ci jouait avec les lumières du bar. Des teintes colorées et pourtant étrangement sombre en émanait. Je voyais du coin de l’œil le barman s’affairer à son travail dans sa chemise noir, un tablier autour de la taille et une serviette sur son épaule accompagnée d’une coiffure bien laquée et de ses verres bien astiqués. Je tapais la discut’ avec une fille aux airs aguicheurs, les lèvres rouges, les cheveux bruns et longs tombant dans le creux de ses reins, un visage ronds et des yeux souriants. Elle tenait dans sa main gauche son verre d’alcool. Les questions classiques de mise en confiance. << Comment t’appelles-tu ? Tu as quel âge ? Tu bosses où ? >>

 

<< Pourquoi ces questions ? Tu peux pas venir me voir, me prendre dans tes bras, me demander si je vais bien si je suis heureuse dans ma vie ? Pourquoi le travail, la situation social et les étiquette, hn ? >>

 

Je ne sais pas si c’était sous l’effet de l’alcool ou d’une spontaneité soudaine. Elle a alors ouvert sa bouche de manière surprise, puis s’est rapidement ressaisie. Elle m’a alors souri doucement et porté son regard en face d’elle, l’air songeur.

 

<< Alors, s’il te plaît pose moi ces questions, prends-moi dans tes bras et ne me lâche plus. Avait-elle presque murmuré. >>

 

Je ne l’ai plus jamais lâché. Pourtant, en disant cela, elle savait qu’elle serai la première à briser cette promesse. Je me suis bien fait rouler. Je ne lui disait pas, elle se serai braquée, se murant dans ce silence plus si inconnu comme elle le faisait avant moi. Je connais ce côté sombre. Pourtant il y a bien longtemps que j’ai décidé de tout laisser tomber pour me dédier entièrement à nous : « à la vie à la mort » comme elle me disait. C’est plutôt drôle en y repensant. Une ado se faisant draguer par une fille de mauvaise vie qui aura jeté son dévolu sur cette pauvre gamine afin de purger son mal. Même Corneille n’aurait pas osé poser un si dur dilemme à ses personnages, mieux vaut s’engager dans une histoire ou l’on sait qu’elle est le numéro de la dernière page, ou abandonner le livre dont le résumé nous alléchait, nous donnait des papillons dans le ventre et embrouillait votre tête ? L’histoire ou l’arc de votre vie que vous ne regretterai jamais malgré les embûches et la pire fin imaginable à vos yeux ? J’ai rapidemment vu que tout mon être en était attiré, tel un aimant à la deuxième épreuve.

C’est ainsi que j’ai commencé à fumer, comme un pompier.

 

***

 

La brune était nonchalemment assise sur les hauts tabourets du fameux bar du quartier. Sa frange lui tombait sur les yeux, ses poumons expiraient cette fumée grisâtre et nocive, sa langue humidifiait ses lèvres asséchées et sa main tenait mollement le verre dans ses mains. En fond on entendait les gens rires et parler bruyamment, les boules des billards s’entrechoquer, les jetons s’échanger et les fléchettes s’enfoncer dans la cible. Toutes ces petites choses qui crées l’atmosphère athipyque. Tout le monde partage la même épaisse fumée, tous les verres se rencontre. Reclu de tout cela, on fond du bar, une ambiance plus érotique et puant la luxure était présente. Les bouches se liaient férocement, les souffles se mélangeaient et les mains un peu trop balladeuses parcouraient sensuellement le corps du partenaire. Elle reporta son attention sur le jeune homme à ses côtés. Celui-ci ne cessait d’étaler sa vie en quémandant à nouveau de cette liqueur hallucinante.

 

<< Noona pour moi il en a rien à foutre et il s’éclate bien à me manipuler dans tous les sens le con.

– Ne croit pas que l’humain ressente forcément le besoin de mettre un mot sur les sentiments, oui ça rassure de mettre le même que celui d’en face, on a l’impression d’être invincible et de tout comprendre et intépreter comme il le faut. Ce n’est pas une vérité. Fais-lui confiance si tu l’aimes. De toute manière t’es encore un gosse, te prends pas la tête avec tout ça. Je crois que j’ai trop bu. >>

 

Elle ne savait toujours pas si c’était sous l’effet de l’alcool ou si elle était prise d’une soudaine spontanéité. Elle appella polimment le barman, glissa un billet dans ses mains, et se retourna sans un regard, seulement un mouvement de mains pour qu’on la laisse avec ses états d’âmes.

Dehors il faisait froid, son costume ne suffisait pas pour ce mois de novembre, mais elle s’en fichait pas mal à vrai dire. La boisson avait eu le temps de réchauffer son corps, d’embrouiller le peu d’idées qui lui restait et de floutter le visage des gens du soir. La nuit avait parfaitement eu le temps de s’installer et de s’étendre de tout son long, mettant en place son ambiance, ses charmes ou bien d’instaurer la crainte. Elle fourra ses mains dans son pantalon noir en parcourant les rues sans réellement se poses de questions. Ses chaussures cirées rencontrés le sol et cognaient contre les mégots ou autre objet de toxico. Malgré tout ce calme et cette assurance, la brune ne pouvait s’empêcher de faire tourner nerveusement les bagues autour de ses doigts dans ses poches. C’était le but, cacher ses tiques nerveux en fourrant ses mains dans celle-ci. Elle s’arrêta devant un bureau de tabac, mais le gosse de tout à l’heure la rejoignit en courant, tentant de reprendre son souffle erratique puis se redressa afin d’esquiesser un sourir.

 

<< Ça nique les poumons ces merdes Noona.

– Ça nique pas que ça je te rassure. Puis m’en fou, j’en aurai besoin pour la suite. sur ces mots, elle s’engouffra dans la petite boutique aux éclairages clignotants, suivit de près par le jeune homme. >>

 

***

 

Je me trouvais à présent assise au sol, adossée contre la porte en bois. La peinture crasseuse du mur se décollait lentement, la moquette était à moitié enlevée sur le bord du mur et le faux plafond était détruit par endroit. Je m’amusait à regarder les papillons de nuit tournoyer autrour des vieilles LED jaunâtres du long couloir. La cigarette pincée nerveusement entre mes lèvres desséchées se consumait rapidement, je la pris sans me presser entre les doigts afin de l’écraser contre la moquette grisâtre puis la fait retomber avec ses semblables au sol, étendues dans leurs cendres. Je repète l’étape, j’ouvre à nouveau le paquet, prenant la dernière à l’aide de mes lèvres puis balance l’emballage non loin de moi. Je fais jouer le briquet puis inspire longuement, ma tête retombe en arrière contre la porte dans un bruit sourd, je tends l’oreille. Il y a de l’agitation à l’intérieur. Je sens le dénis s’emparer de moi, puis la colère bouilloner dans mon sang et brouiller mon esprit, je vois rouge. Je sens mes poings se serrer, faisant ressortir mes phalanges blanches. Je me relève prestemment, écrase ma clope contre le mur faisant, effritant la peinture sèche avant de me diriger vers les escaliers. Je descends les marches 2 par 2 puis pousse la grande porte du HLM. Non loin de celle-ci se trouve un banc sur lequel je m’empressais de m’étaler, plongeant ma main dans mes cheveux en poussant un soupire à fendre l’âme.

Une personne sortit de l’immeuble, me faisant réagir. Je me redressais rapidement, prennant le temps de lui bousculer violemment l’épaule puis me précipitais dans l’immonde HLM.

Je montais cette fois-ci les marches quatre par quatre, m’élança dans le couloir mal éclairé puis ouvris la porte à la volée. Je traverçais sans m’arrêter pour m’engouffrer finalement dans la chambre à couché. Et il y avait ce petit bout de femme, recroquevillé et n’attendant que moi pour éclater en larme. Je m’approchais d’elle et l’attirait contre moi lui faisant des milliers de baisers papillons sur tout son visage parcourant les quelques trainées humides qui se sont échappées sans son accord.

 

***

 

Elle est pas la même de face ou de dos. Je la voit marcher, faisant remuer ses hanches et ses cheveux bruns caressant le creux de ses reins, souriant avec son rouge à lèvre provocant, son maquillage ombré et ses doigts se perdant dans ses cheveux tout le temps accompagné de quelques mots chuchotés. Elle peut également se tenir sur mes genoux, ses yeux ancrés dans les miens, ses doigts entremelés aux miens, ses pouces faisants des ronds, les coins de ses lèvres se retroussant avant de glousser et de cacher sa frimousse dans mon cou. Je vois toutes ses manies, ses petits tics et ses tocs, ses expressions, ses regards et ses nombreux gestes redondants. Elle aime que je lui ouvre une canette de bière et que je lui emmène dans son bain. Comme moi, elle joue à faire tourner sa bague dans tout les sens lorsqu’elle est nerveuse, claquer des doigts et fredonner des airs inconnus mais aussi dessiner des formes toutes aussi inconnues sur mon visage, accompagné d’une expression rêveuse. Je me souviens qu’elle adorait les bisoux esquimaux et toutes ces choses qui m’oripulait. Malgré ça, je ne cessais de lui en faire jusqu’a celle qu’elle se moque de moi et que je prenne mon air réfrogné.

 

Je ne peux pas regarder le soleil en face, comme la mort.

 

Elle est plutôt du genre indépendante, sans attache et n’ayant aucun compte à donner à qui que soit, même la plus proche qui soit, sa chair son sang peut n’être que futilité. Elle est imprévisible et ne peut être cernée, te montrer son dos ou son visage. Te montrer son air timide et rougissant ou celui hautain et provoquant. Elle peut affirmer quoi que soit mais ne peut pas l’appliquer. Un peu comme les cigarettes. Elles t’explosent les poumons, te jaunissent les dents te font dépendre. Tu ne cesse de l’affirmer mais ne peut t’empêcher d’en glisser de plus belle entre tes lèvres. Avec elle, je peux crever, me jeter d’un pont, dessiner sur mes poignets ou bien me passer la corde, elle me dira qu’elle refera sa vie sans regarder en arrière. Je sais qu’elle ment. Elle pourrai m’affirmer qu’elle se fiche de mes regards et des sourires que je porte à autre qu’elle, les gestes tendre ou les clins d’œil. Selon elle ça ne lui fait rien. Elle me ment et je le sais. Le pire dans l’histoire, c’est qu’elle sait égamelement que je lis en elle comme un livre ouvert et elle en joue. Vicieuse ? Pire.

 

***

 

Les rideaux s’amusent à filtrer la lumière du soleil, elle est à mes côtés, enroulées dans les draps blancs. Son front est trempé, elle ne cesse d’aggriper fermement son oreiller avant de se réveiller brusquement. Je me rapproche d’elle et l’attire contre ma poitrine afin de lui sussurer des mots rassurants au creux de l’oreille, tandis que je la sens sangloter contre moi, fermement aggripée à ma chemise trop longue. Elle a ses démons qui ne cessent de la tourmenter, cette voix froide et caverneuse qui bourdonne dans sa tête. Elle ne peut s’empêcher de me la décrire, elle la sens se glisser le soir lorsqu’elle est faible et sans défense, l’emprisonner puis dire de manière presque inaudible cette mélodie angoissante, murmurant de manière atrocement glauque ses plus grandes peurs, lui rappelant sans cesse qu’elle est là, dans ses cauchemars, ses craintes et son quotidien, que même si elle se bat de toutes ses forces, qu’elle ouvre les jambes, qu’elle se retrouve à l’étât d’ermite, qu’elle guette tel un sniper sur le bord d’un toit habillé de noir et n’attendant qu’à atteindre la personne posté derrière sa vitre triple vitrage. Elle radote sans cesse, l’étrangle sans remords lui coupant la respiration et compressant douloureusement sa cage thoracique. Puis elle se penche, agrippe sans douceur ses cheveux, la faisant trembloter plus violemment encore tandis qu’elle s’approche dangeureusement d’elle. Généralement, à cet instant du récis, elle s’arrête puis s’étale lourdemment dans le lit, la tête enfoncée dans l’oreiller et les yeux clos. Puis elle reprend :

 

<< La voix m’attire dans des abysses terrifiantes Moonbyul, je tente de m’agripper à n’importe quoi mais je n’y arrive pas. Je te jure je fais de mon mieux. Elle m’engloutie Byulie, c’est dur putain. Elle m’a envoyé dans ce chemin tellement détèriorant et escarpé. Toutes ces mains malsaines qui m’aggripent dans tous les sens, j’en peux plus. puis elle reprend. Dis-moi encore que tu m’aimes. souffle-t-elle de manière desespérée. >>

 

Je lui répète sans cesse, je lui murmure ou lui fait l’amour dans ces moments là. Ses démons sont là, j’ai plus peur des siens que des miens. Vice-versa. Il se trouve qu’on appelle ça l’amour, ce que c’est emmerdant.

 

***

 

J’aime le matin, je la voit de face et je l’aime ainsi. Malgré que cette vision me transperce le cœur et m’anéantisse, je vois à travers les artifices qu’elle ne cesse d’essayer de tenir en place, auxquelle elle s’accroche avec ses petites mains, cette façade qui lui fait essuyer ses larmes et balayer ses craintes. Je me hais de ne cesser de détruire ses barrières qu’elle construit avec la force de ses bras, les jambes flageolantes, dos à moi. Et pourtant je ne peux m’empêcher de tendre l’oreille et de la scruter sous toutes ses coutures, lorsqu’elle est mise à nu sans défense. Le côté fragile et vraie d’elle fait surface, elle me raconte à chaque fois la même histoire, me décrit ses démons que je fréquente sans cesse, ceux qu’elle ne nomme jamais et qui selon elle sont tabous. Ce sont ceux que je n’aborde jamais, que j’ai enfermé à double tour. Elle le sait, mais ça la rassure et ça me convainc moi-même que tout va bien, que nous nous aimons et que rien n’empêchera nos projets de se concrétiser. Je vous jure que je veux y croire, que je fais de mon mieux et que je m’accroche autant qu’elle, mais le soir, lorsque j’attends devant notre appartement tout pouilleux et malsain, et que de derrière la porte je l’entend combattre ses démons, je me fais violence pour ne pas craquer et défoncer la porte, dire qu’on arrête tout, qu’on plaque tout et qu’on se casse.

 

***

 

Le journée nous sommes en pause, c’est notre moment, généralement je me lève en première, part faire couler un bain, puis m’affaire à préparer nos deux cafés noirs, sans sucre et serrés. C’est à ce moment que tu te décides à quitter les bras de Morphée. Tu te glisse dans l’étroite cuisine et te colles comme tu peux à mon dos, tu ne me lâches plus. Je te déshabille, passe une main dans le creux de tes genous et sous ton dos afin de t’emmener dans la salle de bain. Sur une chaise non loin de la baignoir pleine de tartre, se trouve un vieu poste de musique, je te l’allume. Lorsque tu entends le grésillement de celui-ci, tu te tournes vivement, ferme les yeux, laisse ta tête tomber contre la paroi. Je décide alors de chercher la fameuse canette. Je réentre dans la salle d’eau; de ton côté, tu es beaucoup trop concentrée sur les paroles de la musique qui se diffuse dans la pièce. Je prends le parti de me déshabiller, de m’asseoir sur le rebord de la baignoire, puis de faire sauter l’anneau d’ouverture. Accompagné d’un sourire espiègle, je collais la canette à toin front, te faisant sursauter puis rouspéter.

Pourtant ce jour là je n’ai cessait de penser tellement fort que je suis persuadée qu’elle m’a entendu << Ne me parle pas de joie, de bonheur, de vivre heureux et de toutes ces conneries. >>

Ce matin là, je me suis réveillée après une nuit sans rêve, le corps vide et le visage sans émotion, une matiné classique dans ma vie d’être humain lambda. Je me tournais vers elle doucement, la détaillant sous toutes ses coutures. Elle cligna à son tour plusieurs fois des yeux, j’attendais alors qu’elle immerge complètement afin qu’elle plonge entièrement son regard dans le mien.

 

<< Byulie.. >>

 

Je fus sorti de mes pensées par cette petite voix qui m’appellait de manière presque desespérée. Une larme roula sur sa joue et s’échoua sur nos draps blancs, me faisant redresser vivement, la panique commençait à me gagner.

 

<< Qu’est-ce qui t’arrives ? Tu as mal quelque part ?! je m’arrêtes. Tu veux un câlin ? dis-je afin de détendre l’athmosphère.

– Oui..

– Bh qu’est-ce que t’attends dans ce cas ?

– Byulie j’crois que tu comprends pas ce qui se passe..

– Comment ça ?

– J’arrives plus à bouger Byulie. >>

 

J’ai simplement aquiescé. De toute manière, ça arriverait un jour ou l’autre. Je me suis ensuite penchée, bougée les mèches qui barraient son visage et embrassait son front.

 

<< Je suis tellement désolé.. Pourquoi j’ai tout ça de manière si précoce ? Pourquoi tu subis ça ? Je te jure que j’aurai jamais voulu tout ça.. sanglote-t-elle.

– Je t’aimes n’en doutes pas. >>

 

J’ai ensuite pris un grand sac et cherché différentes affaires afin de nous vêtir outre autres babioles. Pourtant en enlevant les vestes de leurs cintres, je ne pu m’empêcher de trembler et de déglutir bruyamment. Néanmoins, je ne faiblis pas et continues de ranger. Je m’absente quelques minutes afin de chercher le nécessaire dans la salle de bain qui recevront le même traitement que les vêtements. Cela fait, je soupire tristement mais tente un petit sourire. Je la regardes, elle a le regard au plafond, ne pouvant faire autrement. Je m’approches alors d’elle et la cale aux oreillers afin qu’elle soit en position assise.

Nous avons passé la journée ainsi, elle dans notre lit immobile, et moi m’affairant à la combler elle et ses besoins. C’est étrange de devoir faire également ses jambes désormais. Avant, afin de satisfaire son travail, elle pouvait seulement écarter les jambes, attendre que sa clientèle s’installe entre celle-ci puis les refermer derrière ses hanches. Elle était seulement un vide couille, elle s’appelait ainsi, elle prévenait bien sa clientèle sur ce point, de toute manière, ça l’arrangeait. Bien qu’elle ne puisse plus utiliser ses mains, je lui faisait à manger, la lavait et l’habillait comme elle me le demandait.

Je continue de faire le café, l’air absent.

Lorsque je l’ai connu, elle tenait son verre à une main, s’habillait d’une main et se maquillait toujours avec la même, elle pouvait encore bouger légèrement les doigts de l’immobile, mais cela lui était guère utile. Cela faisait 6 mois qu’elle avait perdu sa main droite et 4 que l’on se fréquentait. Un matin, après une nuit ensemble, lorsque je m’extirpait des draps afin de me préparer un café, je l’ai vu se battre pour la première fois, attaquer ses démons qui m’étais alors inconnus. Elle se tenait assise sur la table, un stylo dans sa main gauche et tentant désespéremment de reproduire le verre posé devant elle. Je me souviens avoir ressenti un profond malaise et un froid intense s’abattre sur moi, tous les gestes maladroits qu’elle avait en ma présence s’expliquaient et je pu m’empêcher d’éclater en larme. Elle s’est seulement précipitée vers moi en me demandant inlassablemment la cause de mes pleurs.

Elle n’a jamais su.

 

***

 

<< J’arrives, je vais piquer une voiture. Attends moi là. je ricanes un peu après ma phrase, passe ma main dans ses cheveux puis m’éclipse de la chambre. >>

 

La nuit est enfin tombée après cette atroce journée. Je déambules dans les rues afin de trouver une voiture susceptible d’être volée. Il est hors de question qu’on utilise l’argent de nos combats respectifs dans une bagnole. Je lançais mon dévolu sur une petite voiture rouge. A l’aide du pied de biche que j’avais pris avec moi, je m’affairait à forcer la portière. Ce fut un jeu d’enfant. Ensuite je me suis assise sur le fauteuil passager afin de faire jouer différents petites tiges de fers dans le contact. Il fallut qu’une vingtaine de seconde pour trouver la faille et entendre le vombrissement du moteur. Je m’élançais donc dans les rues désertes de ce quartier de Séoul afin de me rendre à celui de nuit qui puait l’alcool et le sexe à plein nez.

Arrivée à destination, je m’extirpais du véhicule et montais les marches du HLM quatres par quatres. j’ouvris enfin la porte de notre appartement tout poisseux et malsain. J’ouvre la porte de la chambre à coucher, lui embrasse le front puis balances les gros sac sur mon dos puis fais le chemin inverse. Après avoir chargé la caisse rouge, je me retrouve à nouveaux dans la chambre à coucher face au lit.

Elle regarde le plafond les yeux larmoyants et la lèvre tremblotante. Je passe alors une main dans le creux de ses genous et  une autre au niveau de ses omoplates. Sa tête par alors en arrière et je l’entends réfreiner un violent sanglot.

 

<< Excuse-moi, c’est bientôt fini.. >>

 

Je descends pour la dernière fois ces vieux escaliers, sans prendre le temps de fermer la porte de l’appartement ou de couper le gaz. Je veille seulement ou je pose mes pieds et à son petit corps de battante. Nous arrivons à la voiture, je l’assoies convenablement sur son fauteuil du côté passager dont j’ai préalablement ouvert la portière. Je l’attache à l’aide de la ceinture de sécurité, lui embrasse la tempe et ferme à nouveau la portière. Je me glisse derrière le volant en tentant de garder contenance. J’écrase alors la pédale de démarrage et lance le CD du vieux poste de la salle de bain, l’écoutant avec joie fredonner l’air.

 

***

 

Lorsque j’avais la rage, la haine, mes démons qui s’éveillaient, elle ne cessait de me répéter ces quelques mots : << Avant de pointer du doigt, il faut s’assurer que ses mains sont propres. >> Puis elle me tenait fermement la mienne, entremêlées ses doigts au miens et m’embrassait tendrement l’oreille, ça me détendait puis me faisait glousser lorsqu’elle devenait plus taquine.

Ou sinon, elle s’amusait à rentrer dans mon jeu, se foutre de ma gueule et me regarder de cette manière froide qui me fait rire doucement par la suite. Elle me lançait une insulte ridicule afin de me faire pouffer.

Puis d’autres fois, lorsque ses démons avaient tout puisés, elle restait dans notre lit, le teint blâfard avant de s’enrouler dans nos draps sans un mot ni un regard.

Au fur et à mesure, nos doigts qui s’entremélaient ou les insultes ridicules étaient moins fréquents, je faisais face à ton visage, je te jure que je regrettais tout ce que je disais avant. J’aurai préférer passer ma vie mon nez dans tes cheveux bruns et mes mains autour de ta taille, à tout ignorer ou simuler cette possibilité. Ça aurait été tellement plus simple, tout serai plus simple, la vie serai plus simple et la mort serai plus simple. Tu me disais parfois : << J’aurai dû me donner la mort, c’est tellement mieux que de mourir à petit feu.. >> Dans ces moments là je pressait mes doigts contre les tiens.

Nous sommes des femmes de la nuit. Un peu comme la chat de la voisine qu’on ne cesse de scruter du haut de notre fenêtre, à le regarder se faufiler sur les toits et disparaître on ne sait où. Nous sommes des femmes dîtes malsaines vivant dans un appart’ malsain avec une vie malsaine. Et pourtant, malgré tout ça,  nous nous y sommes faites, car nous en avons pris la décision, donc tout paraît plus simple à nos yeux, c’est pratique l’illusion ? Elle fait sa vie malsaine à sa manière et moi à la mienne. On en a pas le choix, ou plutôt, on en a fait le choix.

C’est faux de dire de manière nonchalante << Tu en as pris la décision désormais tu assumes. >> C’est seulement débile et hautain. Crois-tu que j’assumerai le fait de retrouver à tout moment mon amour sans vie dans notre lit ? Crois-tu que j’assume tous nos démons et nos peurs constantes ? Que j’aimes attendre devant cette putain de porte et l’entendre hurler à s’en fendre la voix ? Penses-tu sincèrement que la voir faiblir, s’essoufler chaque jour est simple ? Crois-tu que tout plaquer, entrer dans les sentiers de forêt sombre est simple ? Oui elle est avec moi, il y a sa main dans la mienne, sa chaleur qui se mélange à la mienne, ses yeux ancrés dans les miens, oui nous sommes ensembles, mais c’est éphémère. Je me suis aventuré dans une histoire, une aventure éphémère. Lorsqu’elle se terminera, lorsque je reviendrai de ce pénible voyage, il y aura ce goût amer en bouche, ces larmes sur mes joues, cette impression de vide, d’avoir fini le meilleur, que désormais tout sera fade et sans goût. Je viderai mes grands sacs, nos souvenirs, notre combat, nos démons seront fermement enfermé, cela est vrai, néanmoins il y en aura un nouveau, le mien. Cette fois là, je serai seule, face à mes démons, mes craintes, cette chose qui me rongera, me transpercera et m’engloutira. Je serai dans notre lit, avec les draps froid, le matin il n’y aura qu’un café à préparer. Plus de canettes de bières dans le congélateur et tes nombreuses bagues et boucles d’oreilles seront dans le tiroir de ta table de nuit.

 

***

 

Je me souviens, lorsque je ne savais rien, que j’étais crédule et naïve, que je n’avais rien compris. Elle avait 20 ans, d’un an mon aîné, et seulement à cette âge, alle arrivait déjà à regarder le Soleil droit dans les yeux, à s’en brûler les rétines et à s’en rendre aveugle. Il ne lui faisait pas peur, moins que ses démons. Lorsque je lui demandais, allongées dans ses draps un paquet de cigarette au chocolat dans mes mains, elle me disait qu’elle s’en fichait, le plus grave n’est pas de mourir, mais ce qui meurt lorsque nous respirons encore. J’ai simplement souri puis je l’ai attirée tout contre moi.

J’étais sans attaches et elle plus encore, j’étais la petite lesbienne de service bien stéréotypée, qu’on voit la coupe dîtes à la garçonne, sans poitrine et sans délicatesse. Je n’avais ni raison particulière ni histoire particulère qui m’avait mené à ça, je n’avais simplement pas envie et pas trouvé, je n’étais pas pressée et je n’avais aucune pression extérieure à ce sujet. Pourtant, elle en avait encore moins que moins d’attaches, c’est limite le mot lui échappait, mais surtout, elle ne voulait ni le retenir près d’elle, ni lui courir après, c’était son objectif, elle avait appris à vivre ainsi. Elle pouvait tout simplement pas, c’était au dessus de ses forces. Je n’avais ni besoin d’en parler, ni l’envie d’ailleurs. Mais lorsque la personne en face de toi t’entraîne dans des entreintes desespérée et que pourtant, elle ne peut se défaire de ses démons et poser un mot, ou des paroles sur toute cette mascarade, tu comprends et tu te tais. Elle le sait que je ne suis ni crédule ni naïve, elle en est la cause, donc non, elle ne change ni ses habitudes ni ses pensées, pas que l’envie lui manque, mais le courage et la prise de responsabilité. Ça lui fait peur. Je ne lui reprocherai pas car je suis plus terrorisée qu’elle ne l’est. C’est ironique lorsque je me pose et que je pense à cela.

Désormais, lorsque je rentre dans notre appartemment tout pouilleux et malsain, que je m’allonge sur le dos à ses côtés et que je tire le paquet ma poche, je me rends compte que j’ai troqué le chocolat avec la nicotine. Les deux sont addictifs, l’un était pris par envie l’autre par besoin. Je le sais ChanYeol, << Ça nique les poumons ces merdes, Noona. >> je suis la première à le savoir, pourtant putain, je tiendrais pas 2 minutes avant de me mettre à paniquer et à sangloter comme une gamine. Et dieu sait qu’elle et moi n’avons pas besoin de ça. Loin de là. On le sait, on aurait seulement l’impression de faire face à une vieille qui radote sa musique angoissante de vieux, << Tu le regretteras, tu comprendras lorsque tu seras plus grande. >> on le sait, c’est du bluff, on connaît la fin, mais on se convainc de pouvoir y arriver de cette manière et pouvoir faire sa propre loi. Néanmoins, plus le temps passe et plus on se rend compte que la vie est une belle pute, et qu’actuellement elle te tiens contre un mur, ses deux mains fermement autour de ton cou. Soit tu t’en sortiras avec les traces rouges de ses doigts, soit tu crèves. Quelle belle fatalité. De toute manière, mieux vaut mourir sur une route nous dirigeant vers un idéal plutôt que de rester sans n’avoir rien tenté, le cul dans le canapé à se repéter sans prendre le temps de respirer qu’on est une brêle.

 

 

***

 

On ne cesse de dire et se répéter que le temps passe vite, qu’il nous glisse entre les doigts.

 

Nous étions dans notre voiture toute pourrie, piquée à un paysan belge, rien de bien flamboyant. Tu étais paralysée, allongée sur la banquette arrière. Nous roulions sur des routes mal amménagées de campagne, il pleut légèrement mais il fait particulièrement sombre, je lui fais la conversation, le cœur lourd. Je lui décris le paysage, ce qu’on pourrait manger en arrivant, elle me réponds de manière légère et désinvolte, beaucoup trop désinvolte. J’enclenche à nouveau sa musique, elle ricane.

 

<< Ça te dit, ce soir on va a une auberge de jeunesse, on s’prend un repas de roi, puis on va s’promener.. à la campagne ? je prends une pause. Puis on se trouve cette baraque ? je continue d’une plus petite voix, presque faible et tremblotante. >>

 

Le silence me réponds, je regarde le rétroviseur en fronçant les sourcils. Elle est évidemment toujours dans la même position, les yeux clos.

 

<< Yeba..? >>

 

Je m’arrête sur le rebords de la route de manière un peu paniquée. Je me détache et me tourne de biais vers elle puis reprend :

 

<< Allez Yeba, c’est pas drôle.. elle ne réponds pas et a le teint plus blanc qu’à la normal. Yong- >>

 

Je pousse presque en hurlant ma portière puis me précipite vers la sienne que j’ouvre à la volée, ne prenant même pas le temps de la refermer.

 

<< Yeba, c’est moi MoonByul, ta Byulie, tu m’entends ? Arrête de jouer avec moi.. >>

 

Je puais le dénis, l’envie de m’accrocher encore quelques instants. Je tends l’oreille, pas un bruit, seulement ma respiration erratique, pas la sienne qui se mélange à la mienne, pas ses yeux ancrés dans les miens, rien de tout cela. Je me mets à califourchon sur elle et entreprend un massage cardiaque. Mes yeux s’humidifient, mes mains tremblent, je me ressaisis de plus belle.

 

<< Les secours, il faut.. que j’appelle les secours ! >>

 

Je tente de maintenir le massage d’une main en cherchant dans la poche de ma veste, je le trouve mais sous mes violents tremblements celui-ci me glisse des mains.

 

<< Putain c’est pas possibles arrête tes conneries ! >>

 

Je compose à une vitesse incroyable le numéro d’urgence. Néanmoins, l’atroce bruit de la tonalité me fait perdre mes moyens et j’hurle de tout mes poumons contre le mobile.

 

<< Mais oui c’est ça pauvre con ! La femme de ma vie est en train de crever entre mes bras et tu te fous de ma gueule ! Laisse-moi, je t’en supplie, laisse-la avec moi encore un peu ! Pourquoi cette maladie de merde, ces emmerdes ?! j’allais continuer dans ma lancée lorsque la tonalité fut remplacé par une voix. Néanmoins celle-ci parlait dans une langue que je ne comprenais pas, je ne parle pas un mot d’une langue autre que le coréen, c’est en comprenant que la vie me rira au visage jusqu’au bout, que mon visage se déforma et ma voix fut brisée par un violent sanglot, celui à fendre l’âme, même celle de ma femme qui était déjà loin. Je vous en prie, aidez-moi, laissez-moi la chercher ! Faîtes quelques choses, comprenait que la j’ai seulement envie de crever et d’me jeter sous un train ! Elle est en train de me quitter merde ! la pauvre tentait d’en placer une mais je ne lui en laissais pas l’occasion. Non ne me dis pas que tu comprends et que tu es désolée ! Tu ne sais pas ce que ça fait de perdre un à un la mobilité, de savoir quand et comment tu rendras ton dernier souffle ! Tu crois pouvoir, avec ton bac S et ta vie bien confortable, une mère qui t’aime, un père qui t’aime, un beau labrador et une belle baraque ! C’est beau hein, t’es heureuse n’est-ce pas ? Pourquoi toi tu pouvais, avec tes facilités et tes sourires, vivre plus longtemps, concrétiser tes projets et mourir en paix, pas à 22 ?! Elle avait 22 ans putain ! Elle était belle, elle était aimante et pleine de vie, elle faisait partie des gens qui veulent vivre et qui donnerait leurs âmes et leurs corps dans cette objectif ! Elle, elle s’était battue comme une tigresse, à 19 ans, alors qu’elle voulait devenir chanteuse, elle voyait sa vie en grand ! À 17 ans, elle a appris qu’elle était atteinte de la maladie Huntington. Oui oui je sais, tu connais en théorie, ça te paralyse à petit feu, puis ça te bouffe littéralement les neurones. Savoir à cet âge comment et quand on meurt est-ce normal ? Évidemment que non ! Elle a vécu 2 mois de manière un peu plus normal, puis a perdu la mobilité de son bras gauche. À cet instant tout s’est accéléré, évidemment quand tu sais que la rapidité de la parlysie diffère entre chaque individus, c’est con, elle a eu précoce et foudroyant ! Elle voulait mourir sans souffrances de la manière qu’elle le souhaitait. C’est con, en Corée l’euthanasie est interdite ! je n’entends même pas la tonalité résonner dans mes oreilles, j’ai l’impression de ne rien entendre, à part le grésillement de la colère. Elle devait trouver du fric rapidement en prenant en compte ses capacités qui se dégradait.. La prostitution tu connais ? Excuse-moi, t’es encore vierge à 25 ans, vendre son corps est digne d’une pute en manque de sexe ! Parfait, la prochaine fois tu écouteras ses pleurs avec moi contre cette porte toute miteuse ! J’te files même des clopes, j’te jure t’en aura besoin pour pas buter les mecs qui se sont vidait les couilles durant la nuit ! Ramène-toi ! je balance le téléphone par la portière. Les torrents de larmes brouille ma vue, je tire contre moi son corps sans vie et désarticulé. >>

 

Je sens mes barrières s’écrouler une à une, un néant immense qui m’englouti se forme dans mon esprit. J’ai envie de me jeter d’un pont tellement je me trouve horrible. Je lui avait promis de rassembler suffisamment d’argent, de partir dans un pays ou elle pourrait mourir dignement et sans douleur. Lui acheter cette petite baraque de campagnent, lui faire ses bains touts les jours, continuer de lui ouvrir ses canettes, la border s’il le faut, être ses jambes, ses mains, ses yeux. Je voulais elle et seulement elle. Je sais que c’est une demande tellement égoïste, qu’elle ne voulait pas voir son corps réduit à l’état de légume assisté. Elle voulait vivre sa vie seule ici, sans moi ni personne. Malheureusement je suis arrivée, je pense être la pire mais aussi la meilleure chose qu’il lui soit arrivé. Elle est pareil pour moi. Je me sens étouffer, être aspirée dans une spirale infernale. Secrètement j’espérai de tout mon être qu’elle reste avec moi jusqu’à la fin, qu’on trouverai un traitement et qu’elle survivent pour nous. Mes doigts parcourt son visage creusé par les cernes, il est complètement détendu, je ne vois ni le stresse ni la peur quotidienne, ce qu’elle arborait lorsqu’elle était à mes côtés, je n’ai pas réussi j’ai perdu. Perdu contre ses démons, ses craintes. Je la voit encore le visage larmoyants, couchée dans nos draps et parcouru par de violents soubresauts.

 

***

 

Je suis resté 2 jours dans la voiture allongé sur la banquette arrière, elle allongé sur moi, son bras droit pandouillant sans vie. Je n’ai pas cessé de pleurer, je n’ai pas cessé de la serrer toujours plus fort contre moi. La radio avait durant tout ce temps tourné en fond, jusqu’à complètement décharger la batterie de la voiture. L’hiver approchait, en je tremblotait contre le corps sans chaleur de mon amour. Je continuais à lui parler alors que je savais que plus jamais, il n’y aurai de mot qui passeraient la barrière de ses lèvres. J’étais fermement aggripé à sa taille, mes larmes trempait son épaule frêle. C’est après cette longue transe que je me redressais, mon amour toujours contre moi, je sortais de la vieille bagnole au rouge qui se décollait et à la carosserie bombée. Je l’allongeais convenablement sur la banquette grise, la recoiffait prestamment puis fixait longuement son visage. Je baissais mes paupières et pressais mes lèvres aus siennes entrouvertes. Cela me brisa encore plus le cœur lorsque je me rendis compte qu’elle sentait la mort, que son corps commençait à se décomposer. La vie reprends son court, mais moi, je n’avance plus et je ne peux m’empêcher de regarder en arrière.

Je me redresse et me fait violence pour ne pas rester dans son entreinte et y crever, près d’elle. Je fais jouer le mécanisme du briquet et enflamme sa chemise. Je me redresse lentement, mes jambes flageoles, ma vue se brouille, je regarde le ciel en espérant empêcher que les larmes coulent sans ma considération. Elle a apaisé ses démons tandis que les miens sont plus présents et violents que jamais. Les flammes commencent à ronger la banquette, je prends alors la décision de me reculer, alors que mon cœur me hurle de mes jeter dans les flammes qui la ronge et de l’en extirper, qu’elle se réveille qu’elle me prenne dans ses bras, qu’elle me dise que c’est seulement une mauvaise blague, un mauvais rêve. Pourtant je tourne le dos à ce brasier, marche a une vitesse tellement lente qu’elle frustrerait n’importe qui. J’espère secrétement qu’avant que je sois suffisamment éloigné, la voiture explose et nous emporte ensemble. Je me surprends à croiser les doigts dans mes poches, je suprends ces traîtresses sur mon visage et mes pieds qui se déplacent de moins en moins vite. Je ne peux m’empêcher d’être submergé par la nostalgie et englouti par nos souvenirs, les briques qu’on a empilait ensemble. Si je meurs, plus personne ne sera là pour dire : << Tu as tout donné, tu y as cru jusqu’au bout, moi je suis encore là et je t’aime plus que raison. Tu t’es bien battue. >> Je ne peux me résoudre à détruire cela, à me dire que personne ne saura que Kim YongSun a tout donné, qu’elle m’a aimé comme je l’ai aimé, qu’elle s’est offert corps et âmes à cette lutte et que pourtant au fond d’elle, une pointe de dépit s’installait au fur et à mesure que le temps lui échappait. Je sais que le matin, lorsque je préparais le café, qu’elle était dans notre chambre sans pouvoir bouger, elle priait, elle pensait fort à nous et espérait que le fameux miracle de l’amour opère. Je l’épiait parfois dans ces moments là, m’intimant de ne pas céder.

Une décharge envoyée par mon cerveau et me voilà à courir à grandes foulées sur cette petite route de campagne, m’éloignant progressivement de la voiture rouge et de ce qu’elle m’enferme. Je hurle à m’en briser la cage thoracique, à m’en déchirer les cordes vocales. Je m’arrêtes brutalement et m’écroule au sol, mes jambes ne soutenant plus mon poids et ne supportant plus mes violents tremblements. Tout tourne, se multiplie et se floute autour de moi. Une forte migraine s’installe, on croirait voir une dingue. Je suis seule, perdue dans un pays étranger, loin de chez nous, sans elle.

 

***

 

J’étais tellement désespérée et désemparée. Je me souviens de son corps sans vie entre mes bras, de son vieux disque qui tournait en fond et de la mort qui sentait à plein nez. Je me tiens là, dans un lieu inconnu, connu de personne et ne comprennant pas un fragment de phrase. Je tiens un clope qui était caché dans la poche intérieur de mon manteau. Je la glisse alors entre mes lèvres.

 

<< Merde j’ai pas d’feu.. De toute manière la nicotine sera plus suffisante. un rire atrocement mélancolique m’échappe alors j’expire comme je peux en maintenant mes yeux clos. >>

 

Dans une autre vie je suivrai un plan B ? Pour rien au monde j’oublierai YongSun, l’amour de ma vie.

Elle me disait que j’étais quelqu’un de très émotive.. C’est complètement vrai, j’ai commencé par complètement nier sa mort, alors qu’à partir du moment ou je l’ai monté dans cette voiture rouge, je savais que s’en était fini pour elle, qu’elle ne serai plus rien. Je suis ensuite passé par l’étape de la colère, contre cette pauvre allemande qui ne comprenait pas un mot que je débitais. Je me souviens clairement de l’instant ou j’ai raccroché et me suis retrouvé seule face à mes démons, seule face au monde. La tristesse m’engloutissait. Généralement un deuil se conclut avec le reconstruction de la personne mais alors.. J’ai quoi comme projet, j’ai envie de faire quoi maintenant dans ce cas ? J’ai juste envie de crever…

1 commentaire sur “OS : Le Soleil ne se regarde pas en face, comme la Mort.

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